Vivre avec un intestin irritable : ce que vous devez savoir avec le Dr. Antonin Leclercq
2026-01-26

300 millions de personnes sont concernées dans le monde, et pourtant le syndrome de l'intestin irritable reste l’un des troubles intestinaux les plus incompris. 

Les personnes atteintes du SII vivent souvent un sentiment d’isolement et se retrouvent confrontées à une véritable errance médicale. Elles doivent apprendre à composer avec un trouble chronique et ont parfois l’impression qu’aucune solution efficace ne peut les soulager.

Dans cet épisode, le Dr Antonin Leclerc, médecin généraliste de formation, spécialisé en diététique, nutrition humaine, micronutrition, alimentation-santé et mésothérapie, nous accompagne pour décrypter ce parcours complexe. Il revient sur les obstacles rencontrés par les patients : diagnostic difficile, consultations multiples, sentiment de solitude et anticipation constante de symptômes. Il analyse également l’impact du stress et des modes de vie contemporains sur le SII, et comment l’expérience quotidienne des patients, jusque dans leur rapport aux selles, révèle les limites et les besoins de leur prise en charge.

Plongez au cœur de l’axe intestin-cerveau pour comprendre comment il influence à la fois notre corps et notre esprit, de la digestion à l’humeur, et découvrez pourquoi un microbiote intestinal équilibré joue un rôle central dans le maintien de la santé et du bien-être.

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Présentation de l'invité

Le Dr Antonin Leclercq est médecin généraliste de formation. Il est également diplômé en diététique et nutrition humaine, en micronutrition, en alimentation-santé et en mésothérapie. Fort de cette expertise pluridisciplinaire, il propose une prise en charge globale, préventive et personnalisée, adaptée aux besoins spécifiques de chaque patient. Son approche s’inscrit dans une vision intégrative de la santé, alliant médecine conventionnelle et pratiques complémentaires telles que la médecine fonctionnelle, la nutrition thérapeutique et la mésothérapie.

Résumé

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une maladie digestive fréquente, mais souvent méconnue. Pour les patients, elle ne se limite pas aux symptômes physiques : elle bouleverse le quotidien, crée des inquiétudes et entraîne parfois un isolement social. Comprendre le SII à travers le parcours du patient, depuis les premiers signes jusqu’à la reprise de confiance et d’autonomie, permet de mieux saisir les défis vécus et les solutions possibles.

Les premiers signes : une expérience souvent confuse

Le parcours du patient commence souvent par l’apparition de symptômes digestifs difficiles à interpréter. Ballonnements, douleurs abdominales, diarrhée ou constipation alternée deviennent rapidement une source de stress et d’angoisse. Beaucoup décrivent une incompréhension face à leur propre corps : « Pourquoi cela m’arrive-t-il ? », « Est-ce grave ? ».

Ces premières manifestations sont souvent irrégulières et fluctuantes, ce qui complique la perception de la gravité. Le patient peut attendre longtemps avant de consulter, pensant que le problème est passager ou lié à l’alimentation. Cette étape initiale est cruciale, car elle conditionne le rapport au corps et aux soins : plus le patient se sent compris tôt, moins il développe d’anxiété et d’hypervigilance.

L’impact psychologique dès le début

Même avant le diagnostic, le SII commence à affecter la vie quotidienne. Les patients adaptent leurs déplacements, anticipent les toilettes et modifient leurs choix alimentaires. L’hypervigilance s’installe, et avec elle une fatigue émotionnelle importante. Le stress généré par l’incertitude peut amplifier les symptômes digestifs, créant un cercle vicieux très difficile à briser seul.

L’errance médicale  et la recherche des réponses

Pour beaucoup, le SII est une maladie invisible. Les examens biologiques et radiologiques standards étant souvent normaux, le patient est parfois confronté à la doute ou à l’incompréhension médicale. Cette errance peut durer plusieurs mois, voire des années, avec des consultations multiples et des traitements inefficaces.

Le parcours du patient dans cette phase est marqué par la frustration et la peur : peur de ne pas être pris au sérieux, peur que les symptômes cachent une maladie plus grave. Le manque de reconnaissance accentue le sentiment d’isolement et peut engendrer un stress chronique, qui, à son tour, aggrave les troubles intestinaux.

L’importance de la légitimité

Être écouté et reconnu est une étape essentielle du parcours. La validation des symptômes par un professionnel de santé permet au patient de se sentir légitime dans sa maladie. Cette reconnaissance n’est pas seulement symbolique : elle constitue le premier véritable soulagement et ouvre la voie à une prise en charge adaptée.

Le diagnostic : comprendre la nature du SII

Le diagnostic repose sur l’évaluation clinique et les critères de Rome IV, qui combinent douleur abdominale et troubles du transit. Il est confirmé après avoir écarté d’autres pathologies digestives graves, comme les maladies inflammatoires ou les infections chroniques.

Pour le patient, l’annonce du diagnostic est ambivalente. D’une part, elle apporte un soulagement psychologique, car elle met un nom sur les symptômes et offre une explication crédible. D’autre part, elle peut susciter des questions : « Comment vais-je vivre avec ? », « Quelles restrictions vais-je devoir accepter ? ». Le rôle du médecin est alors crucial pour orienter le patient et l’accompagner dans la suite du parcours.

Premiers ajustements et stratégies d’adaptation

Après le diagnostic, le patient entre dans une phase d’adaptation pratique. Cela implique des changements alimentaires, la découverte de la tolérance individuelle aux aliments, et l’apprentissage des signaux de son corps. Beaucoup développent des routines préventives pour limiter l’apparition des symptômes, comme planifier les repas ou anticiper les sorties.

Ces ajustements sont essentiels pour reprendre un certain contrôle sur la vie quotidienne, mais ils nécessitent un accompagnement progressif pour éviter l’isolement ou la frustration. Le patient apprend que chaque corps réagit différemment, et qu’il n’existe pas de solution universelle.

La dimension psychologique de l’adaptation

L’adaptation va bien au-delà de l’alimentation. Le SII affecte l’humeur, la confiance en soi et les interactions sociales. Les patients doivent souvent trouver un équilibre entre prudence et liberté, en testant progressivement les situations sociales ou alimentaires. C’est une étape clé pour rompre le cercle vicieux de la peur et des symptômes.

La gestion du stress et de l’anxiété

Le parcours du patient inclut souvent une dimension psychologique. Le stress chronique et l’anxiété anticipatoire jouent un rôle majeur dans l’aggravation des symptômes. Des techniques de gestion du stress, comme la cohérence cardiaque, la méditation ou l’activité physique, deviennent des outils essentiels.

Pour certains patients, un accompagnement psychothérapeutique est recommandé. Il ne s’agit pas de nier les symptômes, mais de fournir des stratégies pour mieux vivre la maladie, réduire l’anxiété et favoriser la confiance en ses capacités d’adaptation. Cette étape permet de retisser le lien entre le corps et l’esprit, souvent perturbé par les symptômes chroniques.

Vers une approche personnalisée : alimentation et terrain intestinal

Dans le parcours du patient, l’alimentation joue un rôle central. Des régimes adaptés, tels que le régime pauvre en FODMAP, peuvent réduire les symptômes, mais doivent être individualisés pour ne pas créer de frustration ou de carences. La clé est une mise en place progressive et personnalisée, avec suivi professionnel pour ajuster selon la tolérance.

Certains patients bénéficient également d’un accompagnement en micro-nutrition, visant à soutenir le microbiote et à améliorer la perméabilité intestinale. Ces interventions sont complémentaires : elles permettent non seulement de soulager les symptômes digestifs, mais aussi d’améliorer la vitalité globale.

Reprise de confiance et autonomie

L’étape ultime du parcours du patient est la reprise de confiance. Grâce à la compréhension de la maladie, à la reconnaissance des symptômes et aux ajustements progressifs, le patient retrouve une autonomie dans sa vie quotidienne. Il peut gérer ses symptômes, planifier ses activités et participer pleinement à la vie sociale et professionnelle.

Cette étape ne signifie pas l’absence totale de symptômes, mais une maîtrise et une tolérance accrue. Le patient apprend à écouter son corps, à anticiper les situations à risque et à intégrer le SII comme un aspect de sa vie sans qu’il ne la définisse entièrement.

L’accompagnement continu

Même après avoir trouvé un équilibre, le patient bénéficie d’un suivi régulier pour ajuster les stratégies et maintenir la qualité de vie. Le parcours est évolutif : de nouvelles situations ou stress peuvent nécessiter des adaptations. L’accompagnement médical et psychologique, ainsi que les outils d’autogestion, restent des ressources précieuses pour prévenir les rechutes et consolider la confiance.

Conclusion : le SII comme parcours de résilience

Le syndrome de l’intestin irritable est avant tout un parcours de patient. Il commence par l’apparition confuse des symptômes, traverse l’errance médicale et les ajustements pratiques, et peut aboutir à une reprise de confiance et d’autonomie. À chaque étape, le patient est confronté à des défis physiques, psychologiques et sociaux.

L’expérience montre que la compréhension, l’écoute et l’accompagnement individualisé sont des leviers essentiels pour transformer ce parcours difficile en processus de résilience. Les patients peuvent ainsi apprendre à vivre avec le SII, retrouver leur liberté et améliorer leur qualité de vie, tout en intégrant la maladie dans un cadre cohérent et maîtrisé.

Notes de l'émission

Références littéraires :

Camilleri, M., et al. (n.d.). Diagnosis and treatment of irritable bowel syndrome. Gastroenterology.

Bhinder, G., et al. (n.d.). Irritable bowel syndrome patient experience: A survey. Journal disponible sur PubMed Central (PMC).

Andresen, V., et al. (n.d.). An exploration of the barriers to the confident diagnosis of irritable bowel syndrome. United European Gastroenterology Journal.

Ford, A. C., et al. (n.d.). Evidence- and consensus-based practice guidelines for the diagnosis of irritable bowel syndrome. JAMA Internal Medicine.

Chuy, D. S., et al. (n.d.). Irritable bowel syndrome: Current landscape of diagnosis and management. MDPI Journals.

Hemy, A. R., et al. (n.d.). Diagnosis and management of irritable bowel syndrome in the primary care setting. BC Medical Journal (BCMJ).

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