Syndrome de l'intestin irritable : ce que changent vraiment les critères Rome V
Publié le: 30/06/2026 par:Kenza Mirouh
Qu'est-ce que la Rome Foundation et pourquoi ses critères comptent ?
Si vous souffrez d'un syndrome de l'intestin irritable (SII), vous avez probablement déjà entendu parler de "troubles fonctionnels" ou de "colopathie fonctionnelle". Ces termes viennent d'un comité international d'experts gastroentérologues appelé la Rome Foundation.
Cette organisation publie des critères de référence qui définissent comment le SII et les troubles digestifs apparentés sont classifiés, étudiés et pris en charge à l'échelle mondiale. Ces critères s'appellent Rome I, Rome II, Rome III, Rome IV… et depuis 2026, Rome V.
Ce n'est pas un détail administratif. Ce que dit la Rome Foundation influence directement la façon dont les médecins posent un diagnostic, les études cliniques qui sont conduites, et à terme, les approches proposées aux patients. Comprendre ces critères, c'est comprendre une partie de ce qui vous a peut-être été dit ou pas dit lors de vos consultations.
Rome Foundation : Organisation américaine à but non lucratif fondée dans les années 1980, qui réunit des experts mondiaux en gastroentérologie. Elle publie les critères de référence pour les Troubles de l'Interaction Intestin-Cerveau (TIIC). Les critères Rome V ont été publiés en 2026 dans la revue Gastroenterology (Drossman et al., 2026).
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Faire votre analyseRome IV : quand le SII était "juste fonctionnel"
Avec Rome IV (publié en 2016), le SII était défini comme un trouble fonctionnel intestinal. Le diagnostic reposait sur des symptômes en l'absence de lésions organiques visibles aux examens classiques : coloscopie, bilan sanguin standard.
Pour poser un SII (Syndrome de l’Intestin Irritable) selon Rome IV, une douleur abdominale récurrente était obligatoire, associée à des modifications du transit. Si vous présentiez surtout des ballonnements et une gêne diffuse sans douleur franche, vous pouviez passer entre les mailles. Conséquence directe : une prévalence estimée à 4-5 % de la population et une prise en charge essentiellement symptomatique. On agissait sur ce qui se voyait, sans toujours chercher ce qui le produisait.
Pour de nombreuses personnes, notamment les femmes de 45 à 60 ans. Cela s'est traduit par des années de "vos examens sont normaux", "c'est lié au stress", "apprenez à vivre avec". Une errance médicale douloureuse, pas seulement physiquement.
Les mécanismes qui sous-tendent ces inconforts digestifs, notamment le rôle du côlon et de l'intestin grêle, étaient rarement explorés dans leur ensemble.
Rome V introduit plusieurs évolutions importantes.
Le critère de douleur n'est plus obligatoire. La définition s'élargit à la "douleur ou gêne abdominale". Ce changement en apparence mineur a un impact majeur : des millions de personnes qui vivaient avec des ballonnements intenses, une pression chronique ou un inconfort persistant sans douleur franche sont désormais mieux prises en compte. La prévalence du SII devrait ainsi passer de 4-5 % à environ 10 % de la population mondiale selon les estimations de Drossman et al. (2026).
Le SII n'est plus un simple "trouble fonctionnel". Il est désormais reconnu comme un Trouble de l'Interaction Intestin-Cerveau (TIIC), ou DGBI en anglais. Cette requalification change profondément la compréhension de la condition : ce n'est plus "rien d'organique, donc c'est psychologique". C'est une condition qui implique des mécanismes biologiques identifiables à l'interface entre l'intestin et le cerveau.
L'approche passe de symptomatique à mécanistique. Rome V encourage à ne plus seulement classer les symptômes, mais à chercher les mécanismes qui les produisent car deux personnes peuvent présenter le même tableau clinique mais relever des mécanismes sous-jacents totalement différents.
DGBI (Disorder of Gut-Brain Interaction) : Terme officiel Rome V qui remplace "trouble fonctionnel gastro-intestinal". Il désigne des conditions caractérisées par des symptômes gastro-intestinaux persistants en lien avec des altérations de la motilité, de la sensibilité viscérale, de la fonction muqueuse ou immunitaire, du microbiote, ou du système nerveux entérique sans nécessairement de lésion structurelle visible aux examens standard.
Le SII officiellement reconnu comme trouble de l'axe intestin-cerveau
C'est le changement le plus fondamental de Rome V.
L'axe intestin-cerveau désigne la communication bidirectionnelle permanente entre le système nerveux central et le système nerveux entérique. Cette communication passe par le nerf vague, par des voies hormonales, par des molécules produites par le microbiote intestinal, et par le système immunitaire de la muqueuse.
Pour comprendre cette relation en profondeur, notre article sur la connexion cerveau-intestin explore les mécanismes en détail.
Quand cet axe fonctionne normalement, cerveau et intestin s'ajustent en permanence régulant la motilité, la sensibilité à la douleur, la production de mucus, la réponse immunitaire locale. Quand cette communication déraille, les symptômes apparaissent : douleurs, ballonnements, modifications du transit, malaise diffus.
Reconnaître le SII comme un TIIC, c'est reconnaître que les symptômes ont une origine biologique observable, même si les examens classiques ne la montrent pas. C'est une validation scientifique de ce que beaucoup de patients ressentaient depuis longtemps sans pouvoir le faire reconnaître.
Système nerveux entérique : Réseau de 200 à 600 millions de neurones distribués dans la paroi intestinale, capable de fonctionner de façon semi-autonome. Il communique de manière intensive avec le cerveau via le nerf vague, et influence directement la motilité intestinale, la sécrétion de mucus, la régulation immunitaire locale et la sensibilité viscérale.
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Faire votre analyse du microbioteLes grandes familles de mécanismes dans le SII selon Rome V
Derrière le mot "SII", Rome V identifie plusieurs grandes familles de mécanismes biologiques. Les voici tels qu'observés dans la littérature scientifique récente.
Déséquilibre du microbiote intestinal (dysbiose)
Le microbiote peut présenter des altérations de sa composition bactérienne ou fongique, notamment dans les situations post-infectieuses ou après une antibiothérapie. Ces altérations influencent la production de métabolites, la perméabilité intestinale et la réponse immunitaire locale. C'est l'un des mécanismes les mieux documentés dans le Syndrome de l’Intestin Irritable.
Le rôle des probiotiques et de la flore intestinale dans ces déséquilibres est également de mieux en mieux compris.
Inflammation de bas grade
Certains profils de SII s'accompagnent d'une activation immunitaire locale discrète, non visible aux examens classiques, impliquant notamment les mastocytes de la muqueuse intestinale. Cette micro-inflammation peut amplifier la sensibilité des nerfs intestinaux.
Hypersensibilité viscérale
L'intestin peut développer une sensibilité exacerbée à des stimuli normalement anodins : distension par les gaz, passage des aliments, variations de pression. Le seuil de douleur est abaissé. C'est pourquoi certaines personnes perçoivent une douleur intense là où d'autres ne ressentent rien. Les gaz intestinaux illustrent bien cette réalité quotidienne.
Perturbations de l'axe intestin-cerveau
Le stress, l'hypervigilance, les troubles du sommeil ou un état anxieux chronique peuvent modifier la façon dont le cerveau traite les signaux intestinaux, amplifier la douleur perçue et dérégler la motilité. Ce mécanisme est bidirectionnel : l'intestin influence également l'état émotionnel.
Réactions alimentaires et fermentation (FODMAPs)
Certains glucides fermentescibles à chaîne courte, les FODMAPs provoquent une fermentation intestinale excessive chez certaines personnes, avec production de gaz et distension. Ce mécanisme est fréquemment impliqué dans les stratégies alimentaires adaptées au SII.
FODMAPs : Glucides à chaîne courte peu absorbés dans l'intestin grêle qui, chez les personnes sensibles, fermentent rapidement dans le côlon et produisent des gaz. Le régime pauvre en FODMAPs, développé par des chercheurs de la Monash University (Australie), est l'une des approches nutritionnelles les plus étudiées dans le SII, avec une efficacité observée chez 50 à 75 % des patients selon les études (Gibson & Shepherd, 2010 ; Staudacher et al., 2017).
Deux patients "SII", deux mécanismes différents
C'est l'enseignement central de Rome V, et celui qui change le plus les choses en pratique.
Imaginez deux personnes avec le même diagnostic. L'une souffre principalement d'une dysbiose post-infectieuse avec un microbiote appauvri après une gastroentérite. L'autre présente une hypersensibilité viscérale dans un contexte de stress chronique et de sommeil perturbé, sans altération notable du microbiote.
Ce que Rome V acte officiellement, c'est que ces deux personnes ne partagent pas les mêmes mécanismes. Leur tableau clinique peut se ressembler. Les processus biologiques qui le produisent sont différents. Et les approches susceptibles de les aider le seront aussi.
C'est la raison pour laquelle une même stratégie, le même régime, les mêmes compléments peut fonctionner pour l'un et ne rien changer pour l'autre. Ce n'est pas un échec personnel. C'est le résultat d'une solution générique appliquée à un problème qui ne l'est pas.
Selon les données de la littérature récente, près de la moitié des personnes atteintes de Syndrome de l’Intestin Irritable cumuleraient plusieurs mécanismes simultanément. Plus les mécanismes sont nombreux, plus les symptômes tendent à être intenses et à résister aux approches partielles.
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Observez la composition de votre écosystème bactérien et fongique permet de mieux comprendre ce mécanisme si vous vous y reconnaissez.
Faire votre analyse du microbioteCe que ça change concrètement pour vous
Rome V n'est pas une mise à jour sémantique. Elle a des implications concrètes.
Pour les personnes déjà diagnostiquées avec un SII, la reconnaissance officielle comme TIIC légitime leur vécu. Les symptômes ont une origine biologique observable. Ce n'est pas "dans la tête". C'est une condition réelle, avec des mécanismes sous-jacents qu'il est possible d'explorer.
Pour celles qui souffraient principalement de gêne et de ballonnements sans douleur franche, la suppression du critère de douleur obligatoire ouvre la porte à une meilleure reconnaissance de leurs inconforts dans le cadre médical classique.
Pour celles qui ont essayé plusieurs approches sans résultat satisfaisant, la perspective mécanistique de Rome V offre une piste : peut-être que les approches testées ciblaient un mécanisme qui n'était pas le leur. Ce n'est pas une fatalité. C'est une information.
Les douleurs abdominales qui accompagnent souvent le SII peuvent elles aussi être mieux comprises dès lors qu'on explore les mécanismes qui les produisent.
Rome V valide officiellement une approche que certains cliniciens en biologie fonctionnelle pratiquaient déjà : analyser les mécanismes avant de proposer une stratégie. Observer le microbiote, le profil fongique, les neurotransmetteurs intestinaux. Partir de la biologie propre à chaque personne, pas d'un protocole universel.
C'est exactement dans cette logique que s'inscrit Symp. Nos analyses sont réalisées à domicile et accompagnées d'une interprétation claire et de recommandations personnalisées. Elles observent des données biologiques réelles, elles ne diagnostiquent pas de maladie.
Si vous vous reconnaissez dans ce que cet article décrit, voici ce que vous pouvez explorer :
- Découvrir l'analyse microbiote intestinal pour observer l'état de votre écosystème bactérien et fongique, un facteur central identifié dans les mécanismes du SII selon Rome V.
- Découvrir l'analyse candidose si vos symptômes digestifs s'accompagnent d'une fatigue persistante, d'envies de sucre ou de manifestations cutanées.
- Découvrir l'analyse neurotransmetteurs pour explorer le volet axe intestin-cerveau, notamment si vos symptômes digestifs semblent amplifiés par le stress ou les émotions.
Symp observe des déséquilibres biologiques. Il ne diagnostique pas de maladies. Les analyses Symp sont complémentaires à votre parcours de santé, pas substituts à une consultation médicale.
Références scientifiques
1. Drossman DA et al. "Rome V Disorders of Gut-Brain Interaction." Gastroenterology, 2026.
2. Mearin F et al. "Bowel Disorders." Gastroenterology, 2016. Rome IV criteria.
3. Gibson PR & Shepherd SJ. "Evidence-based dietary management of functional gastrointestinal symptoms: the FODMAP approach." Journal of Gastroenterology and Hepatology, 2010.
4. Staudacher HM et al. "A diet low in FODMAPs reduces symptoms in patients with irritable bowel syndrome." Gastroenterology, 2017.
5. Gershon MD & Tack J. "The serotonin signaling system: from basic understanding to drug development for functional GI disorders." Gastroenterology, 2007.
6. Mawe GM & Hoffman JM. "Serotonin signalling in the gut: functions, dysfunctions and therapeutic targets." Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology, 2013.
Qui sommes-nous ?
Symp est une entreprise belge dont la mission est de vous aider à comprendre l'origine de vos inconforts chroniques et spécifique pour le colon irritable
Nous decouvrirKenza Mirouh
kenza@symp.coRédactrice web et créatrice de contenu chez Symp.
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