Microbiote et digestion avec Anthony Berthou : ce que les sportifs révèlent
Publié le: 2025-09-26 par:Nicholas Balon-Perin
Anthony Berthou
Microbiote et performance sportive : ce que tout athlète devrait savoir
L'écosystème intestinal : bien plus qu'un simple microbiote
Le microbiote intestinal est devenu l'un des sujets les plus discutés en nutrition. Mais qu'en est-il lorsqu'on le croise avec la pratique sportive ? Anthony Berthou, nutritionniste, ex-membre de l'équipe de France junior de triathlon et auteur du Traité de la pleine santé par l'alimentation durable. Décrypte les mécanismes qui relient écosystème intestinal, inflammation et performance. Un éclairage qui intéresse autant les sportifs de haut niveau que Monsieur et Madame Tout-le-Monde.
Quand on parle de microbiote, Anthony Berthou préfère d'emblée élargir la perspective : « On va parler vraiment d'écosystème intestinal, parce qu'on a ce fameux trépied entre la muqueuse, le microbiote et l'immunité intestinale. » Ce triptyque est indissociable, et la pratique sportive va agir (pour le meilleur et pour le pire) sur chacun de ses éléments.
La muqueuse intestinale, première victime de l'effort
De manière inhérente à tout effort physique, le corps opère une redistribution sanguine : les muscles, sollicités en priorité, captent l'essentiel de l'irrigation. Le système digestif, lui, passe au second plan. On parle d'ischémie mésentérique : le flux sanguin intestinal peut chuter jusqu'à environ 20 % de sa valeur de repos.
À l'arrêt de l'effort, le retour brutal du flux sanguin (la reperfusion) génère un afflux d'espèces réactives de l'oxygène. Ce stress oxydatif peut altérer les jonctions serrées entre les cellules de la muqueuse et ouvrir la voie à une hyperperméabilité intestinale.
Ce phénomène est particulièrement documenté dans les sports à contraintes mécaniques comme la course à pied, où l'onde de choc amplifie les dommages. Mais même sans symptômes digestifs apparents pendant l'effort (comme c'est souvent le cas en natation ou en judo) la perméabilité peut s'installer en silence.
Une perméabilité qui ne fait pas toujours de bruit… mais qui a des conséquences
C'est là l'un des points les plus importants soulevés par Anthony Berthou : l'absence de troubles digestifs ne signifie pas l'absence de problème. Un athlète peut s'entraîner sans inconfort pendant sa séance, tout en entretenant un foyer inflammatoire chronique.
Lorsque la muqueuse est fragilisée, des fragments bactériens, notamment les lipopolysaccharides (LPS), traversent la barrière intestinale et déclenchent une réponse macrophagique. Résultat : une inflammation systémique de bas grade, discrète mais persistante, qui va progressivement éroder la capacité de récupération.
Les signaux d'alerte à surveiller ne sont pas digestifs, mais systémiques : tendinopathies à répétition, susceptibilité accrue aux infections, récupération difficile, altération de l'humeur, perturbations hormonales.
Sport intensif, immunité et inflammation : un équilibre fragile
La fenêtre immunitaire post-effort
La pratique sportive est, par nature, un stimulus inflammatoire. À l'effort, les cytokines pro-inflammatoires (notamment l'IL-6, mais aussi le TNF-alpha ou l'IL-1-bêta) sont massivement produites. Une publication portant sur des finisseurs de la Western States (160 km) a montré un taux d'IL-6 environ 50 fois supérieur à la valeur basale chez ces athlètes.
Chez un sportif bien entraîné et en bonne santé, ces marqueurs reviennent rapidement à la normale. Chez d'autres, un bruit de fond inflammatoire persiste, et avec lui une fenêtre d'immunosuppression qui peut durer plusieurs jours après une épreuve intense, augmentant notamment la susceptibilité aux infections respiratoires.
Quand les recommandations nutritionnelles deviennent contre-productives
La tendance actuelle dans les sports d'endurance est à l'hyperglucidique : certains protocoles recommandent jusqu'à 120, voire 150 grammes de glucides par heure d'effort. L'objectif est de prévenir l'épuisement des stocks de glycogène musculaire, facteur limitant de la performance.
Mais Anthony Berthou pointe une question que la communauté scientifique commence à peine à se poser : quel est l'impact de ce modèle sur l'intégrité de l'écosystème intestinal à long terme ? Pour tolérer de tels apports, les athlètes sont encouragés à s'y adapter semaines après semaines — le fameux gut training. Une stratégie qui, pour l'instant, n'a pas démontré sa compatibilité avec la santé intestinale durable.
À noter : La perméabilité intestinale peut s'installer en silence, sans jamais perturber une seule séance.
Le microbiote du sportif : un profil bactérien qui fait la différence
Diversité et activité physique régulière
La bonne nouvelle : la pratique sportive régulière, notamment chez l'enfant, est associée à une augmentation de la diversité du microbiote (l'alpha-diversité), ce qui constitue un marqueur de bonne santé intestinale. Mais la courbe est en U, au-delà d'un certain seuil d'intensité, les bénéfices peuvent s'inverser.
Des profils bactériens liés à la performance
Des études comparant les microbiotes de sportifs d'endurance et de force ont mis en évidence des compositions très différentes. Une publication de 2019 portant sur les marathoniens de Boston est particulièrement éclairante : les finisseurs les plus rapides présentaient une proportion plus élevée de la bactérie Prevotella. Cette dominance était associée à un recyclage plus efficace de l'acide lactique produit à l'effort, lui-même couplé à une production accrue d'acides gras à chaîne courte (AGCC).
Ces AGCC ne sont pas de simples marqueurs de santé digestive : ils représentent des substrats énergétiques secondaires pouvant retarder l'épuisement du glycogène et ainsi améliorer l'endurance musculaire. Des expériences sur souris axéniques (privées de microbiote) ont démontré que la réimplantation du microbiote restituait des performances significativement supérieures.
Le microbiote, reflet de l'athlète
Une donnée émergente suggère que les bactéries des sportifs très performants seraient elles-mêmes plus résistantes dans des conditions énergétiques difficiles, un écho de l'adaptation métabolique de l'athlète lui-même. Une piste encore exploratoire, mais qui renforce l'idée d'une co-évolution entre l'hôte et son microbiote.
À noter : 85 à 90 % des ultratraileurs souffrent de troubles digestifs à un moment de leur course.
Nutrition et microbiote : construire la performance sur des bases solides
La cerise sur le gâteau, ou le gâteau lui-même ?
Anthony Berthou use d'une image parlante pour décrire les dérives actuelles : certaines recommandations nutritionnelles (dosage précis de sodium dans la boisson, timing des glucides à l'effort) ne sont que la « cerise sur le gâteau ». Le gâteau, c'est ce que l'on mange au quotidien. Et là, pour beaucoup d'athlètes, la marge de progression est immense.
Sa définition de la performance l'illustre bien : « L'optimisation de toutes les fonctions physiologiques qui auront répondu favorablement aux adaptations attendues de l'entraînement. » En d'autres termes, performer, c'est d'abord être capable de s'adapter et c'est l'alimentation au sens large qui conditionne cette capacité.
Les piliers d'une nutrition favorable à l'écosystème intestinal
Au-delà du comptage des glucides, Berthou insiste sur plusieurs leviers souvent négligés :
La qualité des graisses : un bon profil en acides gras (oméga-3, réduction de l'acide arachidonique) est fondamental pour moduler l'inflammation.
Le statut antioxydant : épices, aromates, fruits et légumes frais permettent de tamponner le stress oxydatif inhérent à l'effort.
La chronobiologie alimentaire : manger beaucoup, mais de façon déstructurée et anarchique, prive l'organisme de repères essentiels.
La mastication et la qualité digestive : des apports protéiques massifs (comme dans les pratiques de musculation) mal mastiqués peuvent générer une fermentation putride délétère.
Un socle commun sportifs et non-sportifs
La conclusion est frappante de simplicité : « Un sportif, c'est un individu auquel on rajoute un facteur de stress hormétique supplémentaire. » Les bases restent les mêmes pour tous. Avoir un microbiote diversifié, une muqueuse intègre, une inflammation contrôlée, ce sont les fondations d'une bonne santé et, par extension, d'une bonne performance, qu'on soit triathlète ou employé de bureau.
Ce qu'il faut retenir
Le microbiote n'est pas un accessoire de la performance sportive : il en est une condition. L'alternance répétée d'ischémie et de reperfusion intestinale liée à l'effort peut, si elle se chronicise, entretenir une inflammation silencieuse qui mine la récupération, fragilise l'immunité et, à terme, plafonne les progrès. Prendre soin de son écosystème intestinal au quotidien (par la qualité de l'alimentation, la diversité végétale, la gestion du stress oxydatif) n'est pas une option réservée aux malades. C'est le fondement sur lequel toute performance durable peut s'ériger.
À noter : Les bactéries des athlètes les plus performants seraient elles-mêmes plus résistantes dans des conditions énergétiques difficiles.
Références scientifiques
- La Nutrition Positive : Organisme de formation d'Anthony Berthou pour professionnels de santé et du sport
Pour approfondir
- Anthony Berthou continue d'enseigner à l'EPFL de Lausanne et intervient dans sept diplômes universitaires. Son approche unique réconcilie performance sportive, santé individuelle et enjeux planétaires.
Qui sommes-nous ?
Symp est une entreprise belge dont la mission est de vous aider à comprendre l'origine de vos inconforts chroniques et spécifique pour le colon irritable
Nous decouvrirNicholas Balon-Perin
Ces articles peuvent vous intéresser

Tout commence au niveau de l'intestin
« Fatigué, je prends du poids, je perds mes cheveux… mais mes analyses sont normales. » Ce no man's land médical, le Pr. Vincenzo Castronovo le connaît bien. Médecin-chercheur et président du comité scientifique du LIMS à Bruxelles, il explique comment la médecine fonctionnelle et la micronutrition interviennent dans cette zone grise où les symptômes sont réels mais ignorés par la médecine conventionnelle.

Santé mentale : les liens révélés entre microbiote, TOC et procrastination
La santé mentale ne se limite plus aujourd'hui aux seuls neurotransmetteurs cérébraux. Une révolution scientifique est en marche, dévoilant les liens complexes entre notre microbiote intestinal, nos comportements compulsifs et nos patterns de procrastination.

L'intestin, notre deuxième cerveau : Le rôle du microbiote dans l'anxiété avec le Dr. Balon-Perin
À l'heure où une personne sur quatre en France et en Belgique a recours aux anxiolytiques ou antidépresseurs, la science révèle un acteur inattendu dans la gestion de notre santé mentale : notre microbiote intestinal.

Renforcez votre immunité par le microbiote cet hiver : Les conseils naturels d'Emma Djafer, naturopathe
Avec l'arrivée de l'hiver, notre système immunitaire est mis à rude épreuve. Fatigue, infections hivernales, et stress sont autant de facteurs qui affaiblissent nos défenses naturelles. Dans cet épisode de podcast, la naturopathe Emma Djafer nous explique comment renforcer notre système immunitaire à travers l’alimentation, la gestion du stress, et le soin du microbiote intestinal.

Comment votre microbiote impacte votre santé mentale - Avec le Dr. Balon-Perin
La santé mentale ne se limite plus aujourd'hui aux seuls neurotransmetteurs cérébraux. Une révolution scientifique est en marche, dévoilant les liens complexes entre notre microbiote intestinal, nos comportements compulsifs et nos patterns de procrastination.

Marion Kaplan - Ce qui détruit votre microbiote (et comment le sauver)
Dans un monde où les maladies chroniques explosent et où un tiers de la population mondiale souffre de diabète, notre intestin tire la sonnette d'alarme. Marion Kaplan, figure emblématique de la naturopathie française, nous livre dans un récent podcast des révélations troublantes sur ce qui détruit silencieusement notre microbiote intestinal.

Microbiote et climat : un même combat ? Ce que révèle Arte et l’analyse du microbiote
Et si la plus grande menace pour notre santé n’était pas le réchauffement climatique, mais la perte de diversité de notre microbiote ? C’est la question posée dans le documentaire « Notre microbiote nous domine-t-il ? », diffusé sur ARTE. Un reportage fort, qui met en lumière un lien souvent oublié : celui entre l’effondrement de la biodiversité extérieure… et l’appauvrissement du vivant en nous.

Microbiote : comprendre son rôle clé dans la peau, la santé intime et l’immunité
Notre microbiote n’est pas cantonné à l’intestin. Il régule aussi notre peau, notre santé intime et notre immunité. Comprendre ses déséquilibres, c’est pouvoir mieux agir, notamment grâce aux tests proposés par Symp.

Votre microbiote peut-il bloquer votre perte de poids ? avec Emma Djafer
Saviez-vous que des milliards de micro-organismes vivants en nous pourraient être la clé de la gestion du poids ? Découvrez le monde caché du microbiote intestinal et son impact surprenant sur notre santé.

Que penser du documentaire Netflix ? Interview du Dr. Balon-Perin, spécialiste du microbiote
Netflix a sorti un documentaire à gros budget sur le microbiote, mais que vaut-il vraiment ? Nicholas Balon-Perin passe le film au crible : ce qui est juste, ce qui est à nuancer, et ce que les conclusions américaines signifient concrètement pour nous, Européens. Un regard critique et éclairé sur un sujet plus que jamais au cœur de la santé.
Ressources connexes
Analyse du microbiote
Découvrir