Qu’est-ce qui ne va pas dans mes intestins ? Avec le Pr. Philippe Humbert
Publié le: 2026-03-30 par:Nicholas Balon-Perin
Pr. Humbert
Dermatologue et vénérologue, le Pr Humbert a passé plusieurs années à observer ces patients, à écouter leurs histoires, à chercher ce que les autres ne cherchaient pas. Il a fini par mettre un nom sur ce qu'il voit : l'entérite microscopique.
Des douleurs abdominales invalidantes, une fatigue chronique, des démangeaisons nocturnes, un brouillard mental persistant, et pourtant, des coloscopies normales, des bilans sanguins rassurants, et un verdict qui blesse : « C'est dans votre tête. » Pour le professeur Philippe Humbert, spécialiste en médecine interne et en dermatologie, ce verdict est faux. Et il en a maintenant la preuve.
Une maladie réelle, invisible aux examens classiques
Des patients qui souffrent sans diagnostic
Depuis six à huit ans, le professeur Humbert reçoit un nombre croissant de patients qui partagent le même profil : des douleurs abdominales sévères, des troubles fonctionnels (diarrhée, constipation), une fatigue intense, parfois étiquetés fibromyalgiques, et une longue liste de consultations infructueuses derrière eux.
À force d'écouter, d'observer et de chercher, il a identifié quelque chose de commun à ces patients : une inflammation réelle du petit intestin, que la coloscopie ne détecte pas, car elle n'examine que le côlon. Il l'a baptisée l'entérite microscopique.
Pourquoi "microscopique" ?
Le terme est délibéré : entérite désigne une inflammation de l'intestin grêle (par opposition à colite pour le gros intestin), et microscopique parce qu'elle est invisible à l'endoscopie classique. Elle peut précéder de plusieurs années l'apparition d'une maladie de Crohn avérée, comme l'a illustré un patient chez qui le Crohn a été officiellement diagnostiqué quatre ans après qu'Humbert l'avait déjà pressenti.
« On ne peut pas dire à un malade "vous n'avez rien" simplement parce que la coloscopie est normale. On devrait dire : vous avez tous les symptômes d'une maladie inflammatoire, cherchons plus loin. »
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Un intestin poreux comme terrain commun
Pour le professeur Humbert, le déclencheur est clair : une intolérance non-cœliaque au gluten combinée à une intolérance aux protéines de lait de vache. Ces deux facteurs alimentaires endommagent la muqueuse intestinale et créent ce que la littérature anglo-saxonne appelle le leaky gut, un intestin poreux.
L'hypermobilité articulaire, un facteur de risque sous-estimé
Il y a un facteur de terrain souvent négligé : l'hypermobilité articulaire. Dès 2016, Humbert et une étudiante en pharmacie ont démontré que les personnes hyperlaxes présentaient systématiquement un intestin perméable. Leur tissu conjonctif, plus fragile, rend l'intestin moins résistant aux agressions du gluten et des protéines laitières.
Parmi les signes d'hypermobilité à surveiller : un pouce qu'on peut ramener parallèle à l'avant-bras, un genu valgum (jambes en X), un pectus excavatum (léger creux au sternum). Si vous vous reconnaissez, vous êtes à risque élevé de développer une inflammation intestinale silencieuse.
Ce que la peau dit de vos intestins
La dermatologie au service du diagnostic intestinal
C'est là que la double casquette du professeur Humbert, interniste et dermatologue, révèle toute sa valeur. La plupart des maladies de peau ont une cause interne. Se limiter à traiter la surface, dit-il, revient à regarder la flaque d'eau sans chercher où fuit le tuyau.
Les signes cutanés caractéristiques
Certains signes visibles à l'œil nu sont de véritables marqueurs de l'entérite microscopique :
- Kératose folliculaire des cuisses — petits poils turgescents formant une pseudo-chair de poule à l'allongement
- Hyperkératose striée des genoux — épaississement finement strié, sans rapport avec le fait de s'agenouiller
- Peau rugueuse et épaisse aux coudes — souvent remarqué en premier par les femmes
- Signes d'hyperlaxité — pouce, coudes, genoux hyperextensibles
« Quand vous voyez ces signes sur la peau, c'est comme si c'était écrit sur la personne : vous êtes intolérant au gluten. »
Du ventre au cerveau : quand l'intestin affecte le mental
Leaky gut, leaky brain
L'inflammation ne reste pas confinée à l'abdomen. Via le tissu conjonctif, présent aussi dans le cerveau, elle peut générer une souffrance mentale réelle : tendance dépressive mesurable aux questionnaires de Hamilton et de Beck, brouillard mental, céphalées récurrentes.
La formule leaky gut, leaky brain résume l'idée : un intestin poreux préfigure un cerveau fragilisé. Des travaux du Pr Roubry (Genève) ont établi un lien entre ce type d'inflammation intestinale et les maladies neurodégénératives de type Alzheimer ou Parkinson.
Ne pas abandonner ces patients
C'est précisément pour cette raison qu'il est, selon Humbert, inacceptable de renvoyer ces patients avec un simple "c'est dans votre tête". Leur souffrance est réelle, mesurable, et traitable. L'ignorer expose à une aggravation silencieuse sur des années.
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Cliquez iciLa prise en charge selon le Pr. Humbert
Une approche en plusieurs axes, pas un régime universel
Le traitement ne s'adresse pas à tout le monde, mais uniquement aux patients qui présentent les signes cliniques et biologiques décrits. Il repose sur une combinaison d'interventions :
- Élimination du gluten (pain, pâtes, pizza, avoine, bière, whisky…), y compris l'épeautre classique, sauf en très petite quantité pour la petite épeautre
- Élimination des protéines de lait de vache (lait, beurre, yaourts, fromages, crème…), possibilité de consommer des alternatives végétales ou au lait de chèvre
- Traitement des parasites, dont la présence est quasi-systématique lors d'une inflammation intestinale active
- Correction des déficits, vitamine B12, B9, A, C, carnitine…
- Recherche d'Helicobacter pylori, souvent présent dans une muqueuse enflammée de haut en bas
- Restauration de la barrière intestinale, notamment avec de la glutamine
- Des résultats concrets en quelques semaines
Dans la pratique, 80 à 90 % des patients traités constatent une disparition significative de leurs symptômes. Certains voient leurs migraines s'évaporer, d'autres leurs douleurs articulaires, d'autres encore leur psoriasis ou leur urticaire chronique. Une collègue dermatologue souffrant de polyarthrite rhumatoïde sévère et de sarcoïdose a pu arrêter l'intégralité de ses immunosuppresseurs après avoir supprimé gluten et lait de vache. Elle se consacre désormais à la micronutrition.
« Ce n'est pas dans votre tête. Croyez bien qu'il existe des pathologies dont vous souffrez. Et je vous donne des outils pour les trouver, avec votre médecin. »
Le mot de la fin
Ce que le professeur Humbert souhaite avant tout, c'est que ces patients longtemps ignorés soient enfin entendus. Son livre, "Qu'est-ce qui ne va pas dans mes intestins ?", s'adresse autant au grand public qu'aux médecins, avec des photographies cliniques et des outils concrets pour amorcer le dialogue avec son praticien. Si cet épisode vous a parlé, partagez-le avec quelqu'un qui souffre en silence depuis des années. C'est peut-être le début d'une réponse qu'il attendait.
Références scientifiques
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